La demande de brevet de Hoka décrit deux plaques indépendantes dans la semelle de la Tecton X, une médiale et une latérale, chacune libre de fléchir dans une cavité. Elle promet un effet ressort ; je reste sceptique.
Au programme : la plaque de la Hoka Tecton X sous les projecteurs !
Derrière Deckers Outdoors, que vous ne connaissez peut-être pas, se cache la marque Hoka, qui fait partie du même groupe que UGG et Teva. Après avoir envahi la plupart des marques de chaussures de course sur route, la plaque en composite ou carbone commence à attaquer le monde du trail : Vectiv chez The North Face, Saucony Endorphin Trail ou encore Hoka Tecton X. C’est cette dernière qui fait l’objet de ce brevet.
La demande de brevet que je vais décortiquer aujourd’hui a été déposée par Matthew Head, Directeur du Design de Hoka à l’époque et Thibaud Poupard, Senior Manager de l’innovation produit. Depuis, les deux ont changé de poste : le premier a rejoint The North Face, le second Salomon (road running).
Le but de la plaque ou plutôt des plaques, décrit dans ce brevet, est d’améliorer le transfert d’énergie en proposant un soutien et un appui stable pour le trail running. La construction des chaussures et les systèmes de soutien qu’elles contiennent sont des facteurs qui contribuent à une application correcte de la force et à un transfert d’énergie efficace. Le manque de soutien peut également entraîner une fatigue plus rapide des jambes d’une personne et ainsi affecter sa capacité à courir.
Les 2 lames de la Hoka Tecton X

Pour arriver à ce maintien et cette stabilité, les marques s’orientent donc vers une plaque insérée ou incorporée dans la semelle pour améliorer la rigidité. Mais Hoka ne s’est pas arrêté là !
La Tecton X comprend une semelle comportant deux éléments de plaque, l’une des plaques est située sur un côté médian et l’autre sur un côté latéral de la semelle. Les 2 éléments assurent la stabilité des côtés médial et latéral de la semelle et fournissent également un support contre lequel le pied peut s’appuyer et propulser dans la direction souhaitée. La plaque médiale est plus longue que la plaque latérale et se recourbe au niveau des orteils.
Dans l’exemple proposé ici, la semelle intermédiaire comprend une première couche faite d’un matériau en mousse (le ProFly de la marque) et une deuxième couche faite d’éthylène-acétate de vinyle (EVA) ou d’un matériau en mousse EVA. C’est une construction proche de la Carbon X. Dans cette semelle, 2 canaux sont formés pour mettre les 2 lames médiale et latérale.

Une zone centrale des canaux a une hauteur qui est supérieure aux épaisseurs des éléments de plaque pour former une cavité (en jaune) qui permet aux parties centrales des plaques de fléchir vers le bas et vers le haut à l’intérieur de ces cavités sous la pression appliquée par le pied. Ce détail est visible sur une certaine image de la chaussure (PS : si un jour vous disséquez une Tecton X, ne coupez pas au milieu, mais plutôt sur l’axe d’une plaque pour découvrir cette cavité !)


Dans le brevet, les 2 plaques de la Hoka Tecton X ont une double courbure : la partie convexe se situe au niveau des cavités et d’après les mots utilisés dans le brevet cela fournirait un effet ressort permettant de mieux transférer l’énergie ou de se propulser vers l’avant pour la plaque médiale, et aussi d’améliorer le support pour la plaque latérale.
C’est difficile de savoir si celles de la chaussure produite ont réellement cette particularité. Je suis un peu perplexe, même si effectivement la plaque formée ainsi pourra se déformer dans la cavité, c’est difficile de voir comment cela peut aider au transfert d’énergie. La plaque va se remettre en position dès que l’effort appliqué sur celle-ci disparaîtra soit généralement avant la phase de propulsion.
Conclusion
Les plaques arrivent dans le trail running, mais tout le monde semble encore se chercher sur la forme pour gagner en économie de course, en stabilité avec les nouvelles mousses sans dégrader les sensations de courses sur un terrain instable : matériaux anisotropes avec du Carbitex chez Speedland, fort découplage avec un trident en TPU chez Salomon, une plaque complète en forme de baquet chez The North Face, deux plaques carbone chez Hoka. Fausse bonne idée ? Ou vraie innovation dans le monde du trail ?
Un détail en compétition : depuis la sortie de la chaussure, Jim Walmsley, l’athlète phare de la marque, en porte toujours une version avec une semelle modifiée. Allergique aux plaques ou déjà la v2 ? 🙃
Pour aller plus loin
- [Brevet] Le Non-Test de la Salomon S/Lab Spectur : une lame rigide et un support à deux ailes
- [Brevet] Arris composites propose une plaque carbone pour chaussure : une plaque en fibre de carbone à rigidité réglable
Méthode. Cet article s’appuie sur la demande de brevet US2022142296 de Deckers Outdoors, déposée en novembre 2020 et publiée en mai 2022. Par commodité, j’écris « brevet » dans tout l’article, mais il s’agit d’une demande : tant qu’elle n’a pas été examinée et délivrée, elle ne confère pas les droits d’un brevet, et ses revendications peuvent encore changer ou être refusées. Cette analyse ne présage pas des futures sorties de la marque : elle reflète potentiellement les travaux des concepteurs.
![[Brevet] Les secrets des 2 lames de la Hoka Tecton X 1](https://i0.wp.com/www.lacaveajaife.fr/wp-content/uploads/2022/06/banner_hoka_tectonX-scaled.jpg?fit=1024%2C451&ssl=1)
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