L’empreinte carbone d’une chaussure de sport – Part 2.1 : Comment l’améliorer

L'empreinte carbone d'une chaussure de sport - Part 2.1 : Comment l'améliorer 1

Au programme : la première partie d’un article sur les améliorations possibles

Après vous avoir présenté ce que représentait une chaussure de sport en terme d’empreinte carbone dans le précédent article, nous allons maintenant voir les pistes d’améliorations en se basant notamment sur l’analyse du cycle de vie qui est un outil intéressant pour cela. L’idée est de se poser les bonnes questions et d’avoir quelques ordres de grandeur pour ne pas se laisser avoir par le marketing.

Mais pour commencer nous l’allons définir un paramètre intéressant qui est le rapport entre les émissions de CO2eq du produit et le service rendu par celui-ci. En effet, il ne suffit pas de regarder les émissions de gaz à effets de serre pour juger un produit mais aussi regarder ce qu’il vous a apporté pour ce cout de CO2eq. 

Prenons un exemple pour illustrer cela : vous êtes un coureur à pied (original puisque vous lisez cet article) vous parcourez 1200km par an. Vous avez le choix entre une chaussure A qui affiche 8kgCO2eq et une chaussure B qui affiche 14kgCO2eq. Laquelle choisissez vous ?

A ? et bien non, il manque ici une information importante que l’on pourrait appeler la durabilité de la chaussure. 
Imaginons que la chaussure A a une durabilité de 500km et B de 1200km. On obtient donc 16gCO2eq/km pour la chaussure A et 12gCO2eq/km pour la chaussure B. Celle-ci aura donc au global un impact plus faible.

Améliorer la durabilité de la chaussure

Nous allons commencer par parler de la durabilité de la chaussure. Ce paramètre est à la fois lié à la chaussure mais aussi à nous, utilisateurs.

D’un point de vue de la chaussure, le choix des matériaux va jouer sur sa durabilité, ou combien de temps elle va garder le même « comportement ».
Concernant les semelles, les nouvelles mousses des « super shoes » semble aujourd’hui moins bien tenir dans le temps. On voit des chaussures qui affichent à peine 250 à 300km de durée de vie alors qu’elles sont utilisés par un grand nombre. A l’opposé certaines chaussures semblent pouvoir tenir jusqu’à 1500km (chiffres non contractuels). Il est difficile de juger à partir de quand une chaussure ne remplit plus sa fonction avec les mêmes qualités qu’à l’achat et encore moins quelles risques il y a à les utiliser au-delà. Il n’y a pas de standards ou de normes à ma connaissances qui encadrent cela même si cela fait partie des tests réalisés par certaines marques comme la Time Machine de Heeluxe (qui travaille avec beaucoup de marques autour de l’Outdoor : The North Face, Craft, Asics, Kalenji, Mizuno, adidas, Hoka One One, New Balance..).

On peut donc voir qu’il y a un rapport 5 (à minima) de durabilité intrinsèque à la chaussure, ce qui est très important. C’est le même ordre de grandeur que les émissions de carbone que l’on a pu voir dans l’article précédent entre 2 produits !
La tige peut être aussi à l’origine d’une durée de vie limitée de la chaussure : trou dans le mesh généralement au niveau des méta, même si aujourd’hui la plupart des chaussures sont renforcés à cette endroits

Pour l’utilisateur, sa biomécanique peut jouer sur la durabilité de la chaussure (foulée « atypique »), le terrain sur lequel il va courir (abrasif..) va impacter la durée de vie du mesh de la tige ou des crampons mais aussi l’entretien qu’il apporte aux produits.
Je pense que nous pouvons facilement jouer là dessus : brossage, décrassage rapide pour offrir un peu plus de longévité à nos chaussures. Bref prendre soin de ses chaussures !

Sur ce point pour améliorer la durabilité, des « kits » de réparation pourraient être mis en place : des patchs pour réparer des trous dans le mesh de la tige par exemple, du ressemelage complet pour les crampons ou mousse fatigué. 

Améliorer l’empreinte carbone de la chaussure

L’autre option est de réduire l’impact de l’empreinte d’une chaussure est donc de réduire le cout CO2eq nécessaire à sa fabrication et distribution.

On commence par un petit rappel des différents contributeurs aux émissions de CO2 dans le cycle de vie

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Le cycle de vie d’une chaussure de sport

Les matériaux

Quand on pense réduction de l’émission de CO2 on pense souvent aux changement de matériaux. Les résultats de l’ACV vu précédemment montre que la phase des matières premières représente une part importante, donc les efforts de réduction peuvent se concentrer sur la substitution des matériaux conventionnels, lorsque cela est possible, par des matériaux recyclés ou même bio-dérivés. Cheah et al, estime le gain de l’utilisation d’un matériaux recyclable entre 2% et 3% des émissions. Les données de l’ADEME affiche un rapport 10 sur un PET vierge et recyclé, le gain serait donc plus important d’après ce chiffre de l’ordre de 20% ! La plupart des plastiques existent sous forme recyclé : PET, TPU.. Ce choix du matériau recyclé peut se coupler avec le prochain item. En effet, réutiliser les déchets du process, comme matériaux recyclés permet de gagner sur les 2 tableaux. 

Le process

Mais trouver des moyens de coupler une meilleure utilisation des matériaux avec des processus de fabrication rationalisés a le potentiel de créer des réductions d’émissions significatives. Pour cela, il faut chercher à limiter les opérations et donc les pièces qui constituent la chaussure. Le gain pourrait être de l’ordre de 10% sur l’empreinte carbone d’une chaussure. Ce gain est, je pense, aujourd’hui déjà en grande partie fait sur certaines chaussures : le tricot a par exemple permis de réduire drastiquement les opérations de collage ou de couture de la tige.

Le gain peut toujours se faire dans l’optimisation du process, la réduction des déchets lors de la fabrication. On peut s’attendre à des gains de l’ordre de 20% sur certaines chaussures !

L’énergie

Comme on a pu le voir, la production d’énergie de chaque pays entraine un impact différent sur le produit final. Ceci pourrait devenir un critère pour choisir la localisation d’implantation d’une usine. On trouve facile un rapport 10 à 20 entre les pays les plus émetteurs de CO2 (charbon..) et ceux utilisant une électricité bas carbone (nucléaire) ou renouvelable (éolien, solaire, hydraulique..). Attention très peu de pays n’utilisent que de l’énergie renouvelable, même si une marque finance ce type d’énergie (point positif) ou à ces propres installations, le mix électrique qui arrivent dans le cable est le même pour une région donné ! 

Combien de grandes marques feront le choix d’une délocalisation pour un gain via l’énergie ? peu, je pense car il peut y avoir autant d’améliorations énergétiques via les procédés de fabrication sans avoir à délocaliser mais de jeunes fabricants pourraient faire ce choix de favoriser leur site d’implantation en fonction des énergies utilisées localement.

Le packaging

La packaging représente environ 5 à 6% des émissions globales de la chaussure. Tout cela pour une boite en carton qui finit souvent à la poubelle et mal recyclée ! Le gain est peut être ici « marginal » mais il n’y a pas de petit gain pour les gaz à effet de serre. Un packaging réutilisable peut sembler un bonne idée mais cela implique qu’il faut le renvoyer donc émettre du CO2 : pas si évident vu comme ça ! Le biodégradable ou le compostable peut être aussi une alternative. Pour l’utilisateur, l’emballage n’affecte pas l’expérience d’utilisation de la chaussure. Cela peut jouer un peu sur l’expérience de la découverte du produit mais cela est-ce vraiment important ? Ne pourrait-on enlever totalement cet emballage ?
Une question peut se poser du côté des marques : celui-ci a-t-il une autre fonction ? En effet, le stockage semble simplifié quand une paire de chaussure est dans une boite plutôt qu’en vrac ! 

Le transport

Pour le transport, c’est assez « simple » il faut d’abord bannir l’avion ! Ça parait évident, certains l’ont déjà fait. Cela implique des livraisons un peu plus longue, comment les gérer est une question que se posent surement les marques. Le transport final vers le consommateur est aussi un sujet de reflexion : livraison par un transporteur « vert », action du consommateur pour aller à son magasin..

Conclusion

Pour compléter tout cela, je vous propose cette petite interview faite par Kilian Jornet de Marcel Höche qui après avoir bossé un peu chez adidas et parti chez act3. 

On voit facilement que la partie matériaux et process sont celles qui rapportent le plus. Il est plus facile pour les marques de parler de la partie « matériaux » car elle est « visible » mais vu de l’extérieur elle est compliqué à chiffrer. La partie « process » est moins marketable mais tout aussi importante et surement plus efficace. 

On sent aussi que certaines combinaisons de solutions vont entrainer des reflexions plus profondes sur la façon de concevoir et consommer. Dans la prochaine partie, nous verrons d’autres pistes plus « radicales » ou intégrant plusieurs thématiques dans un prochain article à venir dans quelques jours

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