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[Brevet] Les dessous de la nouvelle technologie de ON : LightSpray

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[Brevet] Les dessous de la nouvelle technologie de ON : LightSpray 1

On ne fabrique plus la tige, on la projette. Dans sa demande de brevet WO2024133187A1, On décrit une buse qui dépose un filament de thermoplastique en boucles directement sur la forme, et qui le soude au bord de la semelle : plus de couture, plus de colle, plus de strobel.

Au programme : les dessous de la Cloudboom Strike LS et de sa tige LightSpray.

La version dont on parle moins

On parle beaucoup de la Cloudboom Strike en ce moment, avec sa semelle intermédiaire amovible, la Bounceboard en mousse Helion HyperFoam. Mais On a dans ses cartons une version encore plus en rupture : la Cloudboom Strike LS. D’après mes recherches, LS veut dire LightSpray, et c’est le nom de la méthode de fabrication de la tige.

Ici, l’innovation n’est pas dans la semelle. Elle est dans la tige et dans sa liaison avec la semelle !

Cinq ans de travail avant la chaussure

Avant d’entrer dans le vif du sujet, un peu d’histoire. On travaille sur cette technologie depuis plus de cinq ans, à une époque où la marque n’avait aucune super shoe au catalogue. La première demande de brevet, publiée en mars 2022, décrivait déjà la fabrication d’une tige par dépôt d’un filament de thermoplastique fondu.

En remontant encore, on tombe sur Johannes Voelchert, l’un des inventeurs cités. Pendant ses études à la Burg Giebichenstein, à Halle, il a travaillé sur un pistolet qui pulvérise du TPE-U directement sur le pied d’un sujet. C’est exactement ce que la veille technologique permet de capter tôt : l’idée existe des années avant le produit.

On a publié une courte vidéo qui retrace l’histoire de LightSpray, je vous laisse la découvrir.

Ce que change une liaison sans colle

D’habitude, la tige tient à la semelle par des coutures et de la colle. Ces deux liaisons peuvent se dégrader avec le temps, surtout en course à pied. Les ingénieurs d’On remplacent tout cela par une liaison directe entre deux matériaux thermoplastiques.

Comme cette liaison se fait par l’extérieur, on peut se passer du strobel, voire de la première de propreté. Moins de poids, et donc plus de mousse possible sans dépasser les 40 mm autorisés par World Athletics. C’est la même logique que la Bounceboard, qui place la mousse directement sous le pied.

Pour le coureur, pas de couture ni de colle, c’est aussi moins de points de pression. Et la tige épouse mieux le pied : avec un scan 3D, on peut fabriquer une forme sur mesure, par exemple en fabrication additive, puis projeter la tige dessus.

On a déposé trois versions auprès de World Athletics, et une quatrième était déjà déclarée comme prototype.

Comment la chaussure est construite

La chaussure a deux composants : une semelle avec un bord en thermoplastique, et une tige en thermoplastique. Tout le brevet tient dans ces deux éléments et dans la liaison directe, par fusion, entre le bord de la semelle et la tige.

La tige est faite d’un filament déposé en boucles régulières. Cette structure lui donne de la souplesse et de la résistance, et elle s’adapte à la forme du pied. Ça m’a rappelé un brevet de The North Face, où des fibres extrudées étaient déposées sur une forme pour créer un réseau non tissé.

Schéma du brevet On : dispositif de projection à ressort et chaussure

La fabrication additive d’une tige « pleine » ou à plat est assez simple. Imprimer un textile avec un motif ordonné, comme un tricot, l’est beaucoup moins : au-delà du coût, les filaments ont tendance à se coller entre eux là où on ne le veut pas. C’est ce problème que la buse d’On résout.

La fabrication en cinq étapes

Schéma du brevet On : cinq étapes de projection de la tige sur la semelle, de A à E
Les différentes étapes de la fabrication

Tout se passe autour d’un bras articulé :

  1. On prépare la semelle avec son bord en thermoplastique.
  2. On pose la forme sur la semelle pour la maintenir pendant la fabrication.
  3. On chauffe le bord de la semelle entre 200 et 250 °C, jusqu’à ce qu’il devienne malléable.
  4. La buse dépose le thermoplastique fondu sur ce bord chauffé et construit la tige.
  5. Le tout refroidit : la tige et la semelle ne font plus qu’un.

Le secret est dans la buse

Schéma du brevet On : tête de projection à plusieurs buses
La buse / Spray Nozzle in English

La buse a une sortie centrale pour le thermoplastique et plusieurs sorties d’air autour. De l’air sous pression à environ 500 °C guide le filament et lui donne une forme d’hélice. Résultat : une multitude de boucles qui se croisent sans s’emmêler, et qui imitent un tricot.

En jouant sur le pas, la pente ou le rayon de l’hélice, on change la forme des boucles. Des boucles serrées là où la tige travaille le plus, des boucles larges là où elle doit plier. C’est le principe d’une tige tricotée à zones, obtenu sans machine à tricoter.

Mon avis

Après des années où toute l’innovation passait par la semelle, c’est rafraîchissant de voir la tige redevenir le sujet. Sur le papier, LightSpray supprime d’un coup les coutures, la colle et le strobel.

Je garde quand même deux questions. La première : j’ai l’impression de revoir le brevet de The North Face, qui n’a jamais donné de produit. Qu’est-ce qui fait qu’On y arrive ? La cadence du bras robotisé, sans doute, et c’est ce qui décidera si LightSpray reste une chaussure de record ou arrive en série. La seconde : si la tige et le bord de la semelle sont de la même famille de thermoplastique, la question du recyclage devient intéressante. Le brevet n’en dit rien.

Ce qui s’est passé depuis

Une édition limitée de la Cloudboom Strike LS a été proposée aux membres On à partir du 30 octobre 2024, à New York, Paris et Shanghai, puis à Tokyo et à Séoul. Hellen Obiri la portait déjà à Boston et aux Jeux olympiques de Paris. Selon On, la tige LightSpray émet 75 % de CO₂ en moins que les autres tiges de ses chaussures de course, et la marque a installé une unité de production entièrement automatisée à Zurich, puis une seconde machine à New York.

Un nouveau coloris, White/Lime, est sorti en avril 2025, premier des trois lancements de la Cloudboom Strike LS prévus cette année-là.

Pour aller plus loin

Méthode. Cet article s’appuie sur la demande de brevet WO2024133187A1 d’On Clouds, déposée en octobre 2022 et publiée en juin 2024. Par commodité, j’écris « brevet » dans tout l’article, mais il s’agit d’une demande : tant qu’elle n’a pas été examinée et délivrée, elle ne confère pas les droits d’un brevet, et ses revendications peuvent encore changer ou être refusées. Cette analyse ne présage pas des futures sorties de la marque : elle reflète potentiellement les travaux des concepteurs.

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