[Brevet] Pearl Izumi – La semelle réactive

Au programme : La semelle réactive par Pearl Izumi

Cet article ne présage pas des futures sorties de la marque, il n’est issu que de mon analyse d’un brevet déposé par la marque et reflète potentiellement les activités des concepteurs.

Les informations présentées dans cet article proviennent du brevet US 20140047740 déposé par Pearl Izumi USA, Inc.
 

La semelle est au coeur de toutes les recherches des grandes marques (New Balance, Asics, Adidas) ou des plus petites comme Enko en ce moment. Aujourd’hui, c’est la marque américaine Pearl Izumi qui s’y colle. La marque n’est pas très connue en France et est surtout centrée sur le cyclisme : elle sponsorise d’ailleurs l’équipe BMC mais c’est bien de running que nous allons parlé ici !

Bon ils ont encore inventé quoi tes ingénieurs ?

Une semelle de chaussure classique est souvent construite autour de l’amorti pour atténuer les chocs ou de l’adaptation à un choix de foulée (drop spécifique). Mais ces caractéristiques sont souvent statiques. C’est à dire que la hauteur entre le talon et l’avant du pied (le fameux drop) reste constante quelle que soit la phase de la foulée. Un drop constant induit, dans le mouvement de la foulée, une pause à partir du moment où le pied entre en contact avec le sol jusqu’à ce que le talon se soulève, car la semelle est plate sur une grande surface. Cette pause réduit la fluidité du mouvement et peut augmenter le choc subi par l’avant-pied.

Le brevet de Pearl Izumi est donc basé sur une semelle réactive dont une caractéristique varie continuellement avec la foulée pour atténuer ou supprimer cette phase de rupture dans la foulée

La caractéristique travaillée ici est la distance entre le centre de pression du talon (CPh sur la figure) et celui de la plante du pied (CPbf sur la figure). Pour une foulée plus « smooth » et efficace, il convient d’adapter ce décalage à l’ensemble des phases après le contact au sol.

N’ayez pas mal aux yeux : oui c’est une belle attaque du talon ! Mais il est clairement précisé dans le brevet que la zone d’impact du pied avec le sol n’influe pas sur les apports du brevet ou sur le design de la semelle telle que le décrivent les ingénieurs.

L'offset durant les différentes phases
L’offset durant les différentes phases

On peut constater que, lors de la foulée (quelque soit l’attaque mais surtout avec le talon), il y a un transfert cinématique de la zone d’appui des pieds sur le sol du talon (CPh : centre de pression du talon) vers la plante du pied (CPbf : centre de pression de la plante du pied). Le paramètre que met en évidence Pearl Izumi est l’offset : la différence entre la distance du CPh au sol et la distance entre CPbf au sol.

La semelle réactive par Pearl Izumi
La semelle réactive par Pearl Izumi

Cet offset ne fait que croitre durant la foulée du coureur et traduit ce transfert du point d’application des forces du talon vers l’avant du pied. Concrètement, on peut parler pour les spécialistes d’une semelle avec un drop évolutif entre les 4 phases de la foulée !

Pour obtenir cela, il faut donc que la première partie de la semelle  au niveau du talon soit d’épaisseur constante (~40% de la chaussure), ce qui permet d’avoir de l’amorti quelle que soit la façon dont le pied attaque le sol, alors que la seconde partie a une épaisseur qui décroît. Ainsi à plat, la chaussure n’est en contact avec le sol que sur une surface inférieur 50% et l’avant de la chaussure se courbe en s’éloignant du sol ! Cette forme permet de supprimer la phase de rupture dans le mouvement du pied.

Une autre proposition du brevet pour réaliser cette différence de hauteur variable est de jouer sur les caractéristiques locales du matériau. Un matériau se déformant facilement au niveau de la plante du pied permettra de créer naturellement ce décalage recherché !

Et c’est appliqué ?

Oui ! mon bon monsieur : ça s’appelle E:Motion et c’est actuellement appliqué sur toutes les chaussures de la marque ! Du coup, il faut bien faire attention: pour cette construction de semelle, la notion de drop n’a plus vraiment de sens : Pearl Izumi parle de « dynamic offset » et le drop affichait n’est pas comparable aux autres chaussures classiques.

Et ça marche ?

Alors là Monsieur, j’ai quelques exemples sous la main !

Tout d’abord, d’après le brevet, des études montrent qu’avec une chaussure classique le centre de pression du pied peut reculer vers le talon alors que de façon optimale celui-ci ne devrait qu’avancer jusqu’à la plante du pied au moment la propulsion. Inversement avec la semelle de Pearl Izumi le centre de pression se déplace toujours vers l’avant du pied. L’offset dynamique améliore donc l’expérience de la course quelle que soit la foulée (talon ou média-pied)

Et ensuite, il y a 2 coureurs de renom qui l’ont adopté :

Le premier Timothy Olson (rien que ça) : avant de passer chez The North Face (et de ne plus rien gagner ou presque), l’américain courait en Pearl Izumi N1. Et il les a portés au plus haut : elles sont les premières running à passer sous les 15heures à la Western State Endurance Run et détiennent toujours le record 14:46:44 ! Preuve que ces chaussures lui plaisent : il fait quelques fois des infidélités à la marque pour rechausser ces N1.

L’autre n’a pas encore gagné de grandes courses (ni de petites), mais il les aime bien ces N1 et vous les fera bientôt découvrir : c’est Pas après Pas qui a réussi à en trouver en France ! Ce n’est pas chose facile. Il vous les fera bientôt découvrir !

One comment

  1. Ah tiens c’est moi ! Un petit test terrain de leur N1 trail arrive en effet, et j’ai aussi la N2 route. Timothy Olson était trop occupé pour écrire le test, il m’a demandé de le faire 😉

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